Ploërmel. Le gendarme aurait volé 12.200 € à la brigade
Un ex-gendarme
a comparu hier, au tribunal de Vannes, pour le vol de 12.200 euros en espèces dans les locaux de la brigade de Ploërmel.
S'il a nié toute implication, cet ancien officier avait
de bien curieuses méthodes.L'affaire remonte à début juillet 2005. Un vaste trafic portant sur une trentaine de kilos de cannabis vient d'être démantelé dans la région de Ploërmel. Lors d'une perquisition, les enquêteurs saisissent une somme de 12.200 euros en espèces. L'argent est placé « en lieu sûr » à la brigade, en attendant d'être transféré, sous scellé, au greffe du tribunal de Vannes.
Mais à la mi-juillet, les gendarmes découvrent que le magot a disparu de la chambre forte. L'enquête interne aboutit à la mise en examen, le 15 septembre 2005, d'un sous-officier de la brigade de recherche de Ploërmel. Personne ne l'a vu commettre le vol et aucune preuve matérielle n'a été trouvée dans les locaux de la brigade. Pourtant, le juge d'instruction a penché pour son renvoi en correctionnelle.
De nombreux éléments à charge figurent dans les 1.400 pages du dossier. Qualifié de « joueur invétéré » par le président du tribunal, ce père de famille de 46 ans serait ainsi le seul gendarme, parmi tous ceux interrogés, susceptible d'avoir utilisé l'argent volé.
Le parquet souligne qu'il n'a retiré que 300 euros de ses comptes en banque pour faire vivre sa famille dans le mois qui a suivi le vol. Deux patrons de bar attestent qu'il consacrait d'importantes sommes au PMU et à d'autres jeux de hasard. Le 12 juillet 2005, le prévenu a aussi remboursé en petites coupures un prêt de 3.000 euros qu'une connaissance lui avait consenti.
Une mystérieuse
lettre anonyme
Et puis il y a ce mystérieux courrier anonyme adressé en juin 2006 au juge d'instruction. L'auteur de la lettre cherche à disculper le prévenu, mais une expertise graphologique conclut qu'elle serait l'oeuvre du suspect...
« La ficelle était sans doute maladroite, mais c'était là son seul moyen pour tenter d'échapper à ses responsabilités », estime le vice-procureur Thierry Lebéhot, avant de requérir contre le prévenu un an d'emprisonnement, dont une partie avec sursis.
L'avocat de la défense admet que son client était « très endetté » au moment où le vol s'est produit. « Mais de simples déductions ne font pas de lui un coupable. Plusieurs autres pistes ont été écartées trop facilement. Et le rapport d'expertise graphologique n'est qu'un simple avis. Il n'apporte pas de certitude. Dans le doute, il doit être relaxé », martèle Olivier Couespel du Mesnil.
Coupable ou pas, le gendarme mis en examen avait de bien curieuses méthodes pour faire face à des dettes causées par de lourdes pertes en bourse. Il a par exemple reconnu avoir emprunté jusqu'à 40.000 euros à des personnes qu'il rencontrait au fil de ses enquêtes : un gérant d'hypermarché, un garagiste, un entrepreneur du bâtiment... « Ces gens me connaissaient et me faisaient confiance, assure-t-il. Je n'avais pas l'impression d'avoir un pouvoir supplémentaire avec ma tenue de gendarme ».
Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 15 décembre.