Santé. « Le diabète progresse et la Bretagne n'est pas prête »
Les Bretons sont aujourd'hui peu touchés par le diabète. Mais selon le professeur Fabrice Bonnet (*), ils sont aussi les plus mal préparés à affronter le développement de la maladie.
Comment expliquer le faible taux de diabète en Bretagne ?
L'un des facteurs principaux de la maladie est le surpoids lié à l'alimentation et à la sédentarisation. Les Bretons ont une alimentation mieux adaptée et une vie plus active que les autres Français, ce qui explique que les cas d'obésité sont ici moins nombreux qu'en moyenne nationale : on compte 2,5 % de diabétiques dans la région, alors que le taux français est de 4,5 %.
Qu'est-ce qui vous fait craindre une augmentation du taux breton ?
Les enfants obèses sont de plus en plus nombreux. L'augmentation est particulièrement sensible dans la région, au point qu'elle semble amorcer un rattrapage de la situation nationale. Nous avons admis récemment au CHU un malade de 17 ans. C'était inimaginable il y a cinq ans pour cette affection qui touche principalement les personnes de plus de 60 ans.
En quoi la région est-elle mal préparée à cette évolution annoncée ?
La densité médicale de diabétologues est la plus faible de France. Il y a des spécialistes installés à Rennes et Brest, mais un seul à Lorient et aucun à Saint-Brieuc. C'est insuffisant aujourd'hui, et cela le sera bien plus dans les années qui viennent. C'est d'autant plus inquiétant qu'il s'agit d'une maladie sans symptôme lorsqu'elle se déclare, et qu'elle n'est pas facile à diagnostiquer.
Qu'en est-il des grands hôpitaux ?
Les services de diabétologie fonctionnent bien, mais l'accompagnement psychologique des malades est insuffisant. C'est une maladie contraignante, qui entraîne souvent un sentiment de culpabilité - voire un déni - et cause des dépressions. Quatre cas sur cinq sont diagnostiqués, et les prescriptions sont fréquemment mal suivies, qu'il s'agisse de régime alimentaire, d'hygiène de vie, ou de prise de médicaments.
Malgré ce tableau pessimiste, avez-vous des raisons d'espérer ?
Oui, la recherche progresse et de nouvelles molécules permettent d'améliorer la vie des malades. Nous fondons beaucoup d'espoirs sur un médicament qui vient d'être autorisé en début d'année. Le CHU de Rennes a participé aux travaux de tests préalables qui se sont révélés concluants. Il s'agit d'une alternative à l'insuline pour les diabétiques de type 2 qui représentent 92 % des cas. Cette molécule de synthèse, créée à partir de la salive d'un monstrueux lézard du désert d'Arizona, stimule la production d'insuline par le pancréas et entraîne une perte de poids qui améliore la situation du patient.
* Chef du service d'endocrinologie-diabétologie et nutrition à l'hôpital Sud de Rennes.